« Retraites : la main tendue de Macron » titre LCI ce mardi 27 août
après-midi. « C’est la mère de toutes les réformes » prévient Julien
Arnaud, journaliste politique de la chaîne d’info en continu. «
Clairement un changement de méthode », abonde la présentatrice Bénédicte
Le Chatelier, tandis que le bandeau de l’émission fait l’éloge de « la
méthode douce ». Et sur les autres chaînes, c’est du même tonneau.
La raison d’un tel discours médiatique ? Les propos d’Emmanuel Macron,
dans l’interview qu’il a donnée lundi soir, selon lesquels il «
privilégie » désormais d’agir sur « la durée de cotisation », et non
plus sur un hypothétique âge de référence, ou « âge-pivot ». Ce dernier
était l’une des propositions-phares du rapport de Jean-Paul Delevoye,
que le gouvernement reprenait jusqu’alors à son compte.
« La méthode douce », « la main tendue » se traduisent également par la volonté affichée par l’exécutif d’organiser une grande « concertation » des Français. Une mascarade que nous avons démontée la semaine dernière, la porte-parole du gouvernement ayant déclaré qu’ « un certain nombre de principes édictés par le gouvernement sont des principes intangibles ».
Le fait qu’Emmanuel Macron privilégie la durée de cotisation
signifie-t-il vraiment un « changement de méthode » ? Rien n’est moins
vrai. Le véritable « principe intangible » de la réforme des retraites,
outre le système par points, tient en quelques mots : tous les Français
devront travailler plus longtemps. Que ce soit par le levier d’un «
âge-pivot » ou par celui de l’augmentation du nombre de trimestres pour
prétendre à la même pension qu’auparavant, ne change strictement rien
pour les travailleurs de France.
Le Président de la République a
menti pendant la campagne présidentielle, quand il écrivait noir sur
blanc dans son programme : « Je ne toucherai pas à l’âge de départ, ni
au montant des pensions ». Car la réforme des retraites qu’il nous
prépare touchera aux deux : vous devrez travailler plus longtemps, et
vos pensions seront plus basses. Toutes les projections, même celles des
économistes libéraux, admettent ces deux réalités.
Macron, qui
file le parfait amour avec Nicolas Sarkozy à la faveur de l’été,
s’inspire de l’ex-Président dont la réforme la plus dure fut celle des
retraites, qui souleva en masse les foules à l’automne 2010. Comme lui,
Macron assène deux mensonges pour faire passer la pilule : nous vivons
plus longtemps, et les caisses sont vides. L’espérance de vie globale
des Français stagne depuis 2012, quand elle ne baisse pas carrément ; et
si les caisses sont vides, c’est parce que le patronat fraude la Sécu, à
hauteur d’au moins 20 milliards d’euros de cotisations chaque année.
Soit deux fois le montant du déficit du système de retraites en 2022,
selon les projections pessimistes du Conseil d’orientation des
retraites, qui ne prévoient ni un retour au travail des plus de six
millions d’inscrits à Pôle Emploi, ni l’égalité salariale entre les
femmes et les hommes – qui rapporteraient tous deux des dizaines de
milliards d’euros à la Sécurité sociale. La main tendue du Président
ressemble davantage à un bras d’honneur.
Revenons sur le principe
absolu de la réforme : travailler plus longtemps. L’âge de départ
effectif à la retraite chez les salariés du privé se situe à 63 ans en
moyenne, un peu moins dans le secteur public où les professions mieux
protégées sont nombreuses – infirmiers, soldats, policiers entre autres.
Tous les métiers seront alignés sur la pire situation : « l’équité »
sauce Macron. L’espérance de vie en bonne santé en France s’établit à
64,1 ans chez les femmes et 62,7 ans chez les hommes. Faire travailler
tout le monde plus longtemps, donc au-delà des 63 ans effectifs, c’est
franchir un seuil vital.
La réforme des retraites est bien « la
mère de toutes les réformes », et constitue une bombe. Elle a été placée
là par Emmanuel Macron et ses ministres, mais ces derniers «
tenteraient de la déminer » selon la propagande des médias libéraux,
acquis à la cause patronale et macroniste. Plus fort que le
pompier-pyromane, le terroriste-démineur.
Combattre la réforme
des retraites est la mère de toutes les batailles. Syndicats, gilets
jaunes, militants politiques et associatifs peuvent se préparer à un
combat dur, qui exigera du courage et de la persévérance, mais grâce
auquel nous pouvons faire reculer le chef de l’État et son gouvernement
infernal – une déroute dont ils ne se relèveraient pas. Tous les
travailleurs de France sont concernés. Tous ont le pouvoir, par leur
mobilisation collective, de mettre K.O Macron.