Injustice

Trois informations, cette semaine, démontrent l’injustice intégrale de la politique du gouvernement. Lequel s’attaque aux travailleurs et préserve les capitalistes, même escrocs.

La première est la présentation devant la presse, mardi 3 septembre, des premières propositions de la députée LREM Caroline Grandjean et la sénatrice UDI Nathalie Goulet, mandatées par le Premier ministre pour produire un rapport parlementaire sur la fraude sociale. Ici, le brouillard est total. La fraude sociale est un terme générique recoupant à la fois la fraude aux cotisations sociales, du fait des patrons employant au noir, et la fraude aux prestations sociales, dont le montant est minime en comparaison. Le tout, sous l’emballage « fraude sociale », peut effectivement être chiffré à plusieurs milliards d’euros. Mais les secondes s’élèvent à 424,96 millions d’euros, selon un rapport du Comité national de lutte contre la fraude de 2014, quand les premières atteignent 20 milliards d’euros, d’après la Cour des comptes la même année.

Sans surprise, les deux parlementaires de la majorité s’attaquent aux secondes et ignorent les premières. Parmi leurs propositions présentées au public, la fin de la carte vitale à vie, en prévoyant « une reconduction sous conditions » ; la fameuse carte verte ne serait alors plus un droit effectif pour l’ensemble des citoyens français. Obliger les allocataires à une « preuve de vie » annuelle et « instaurer l’inscription domiciliaire », une véritable usine à gaz dans un contexte de contraction des effectifs d’agents publics. Interdire le versement des prestations sur des comptes étrangers ; si vous êtes retraité, vous serez assigné à vivre en France. Ou encore interdire le versement de prestations sur un compte épargne, ce qui pourrait faire perdre à chacun en intérêt des dizaines d’euros pourtant précieux.

Toutes ces mesures, qui risquent de pourrir un peu plus la vie des dizaines de millions d’allocataires de toutes sortes, rapporteront des cacahuètes au regard du budget national, alors que 4 milliards d’euros de RSA dus aux bénéficiaires ne sont pas versés, chaque année. Elles se mueront en amendements aux projets de lois de finances dès cet automne. Nous arrivons à la deuxième information, tombée également mardi 3 septembre.

Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics, a annoncé aux organisations syndicales la suppression de 5.800 postes en trois ans. « Au total, sur la durée du quinquennat, le ministère réalisera donc une baisse de 10.000 emplois environ » se félicite Bercy dans un communiqué. Les finances publiques, les douanes et droits indirects, le contrôle budgétaire, la lutte contre la fraude, celle contre la fraude financière : tous ces services seront touchés par la baisse des effectifs.

Moins de moyens pour contrôler les finances de l’État et pour lutter contre la fraude fiscale, tel est le principe cardinal du gouvernement Macron. Chaque année, pourtant, la France perd 80 milliards d’euros, planqués dans des paradis fiscaux par les grandes fortunes, selon les estimations les plus récentes du premier syndicat des finances publiques, Solidaires ; et 117,9 milliards d’euros de TVA, non-payée par les patrons fraudeurs – souvent les mêmes qui pratiquent l’évasion fiscale – d’après un rapport de l’économiste Richard Murphy popularisé par un long article de Ouest France le 19 août 2019.

Autrement dit, la fraude fiscale du fait de la classe capitaliste se chiffre à 465 fois le montant total de la fraude aux prestations sociales ! Voici donc les priorités du gouvernement, à la botte de la grande bourgeoisie. Celle-ci peut voler la nation en toute impunité, et se délecter des divisions intestines aux classes populaires, dont les membres sont dressés les uns contre les autres grâce à des thèmes, comme la fraude aux prestations ou le signe égal entre chômeur et profiteur, qui monopolisent le débat public.

Troisième et dernière information que nous évoquerons : 75% des Français estiment la politique d’Emmanuel Macron et du gouvernement « injuste », selon un sondage révélé mercredi 4 septembre par BFMTV. Le taux se hausse à 83% chez les ouvriers et employés, qui forment la majorité absolue de la population active française. Dans le détail, « les orientations définies par le Président de la République et le gouvernement sont injustes », « car elles ne répartissent pas équitablement les efforts selon les capacités de chacun », ont répondu plus des trois-quarts du panel représentatif interrogé.

75%, cela fait tout de même 25% des répondants qui jugent la politique d’Emmanuel Macron « juste ». Bien sûr, les catégories sociales supérieures font bloc ; mais chez les simples travailleurs, nous pouvons nous demander s’il s’agit d’ignorance ou de masochisme. Reste qu’une très grande majorité des Français, car il semble que cette fois un sondage dise vrai, rejettent massivement l’action de nos dirigeants politiques, à commencer par celle du Président des riches. Ce ne sont pas les priorités actuelles, que nous avons constatées, qui leur feront changer d’avis. Pour Macron et son gouvernement, l’automne sera chaud.

Vérité

Certains préjugés méritent d’être anéantis. Quand la presse et l’opinion publique évoquent généralement la fraude, la première image qui apparaît est le petit resquilleur au RSA, « profitant » de prestations sociales indues. Pourtant, ce sont avant tout les patrons qui organisent l’escroquerie massive en France et en Europe. La vérité, la voici.

Un article fleuve publié dans Ouest-France lundi 19 août fait état du récent rapport de l’économiste Richard Murphy, officiant à l’université de Londres, portant sur la fraude aux taxes (TVA et taxes douanières). Résultat : 900 milliards d’euros échappent aux caisses des États de l’Union européenne (UE) dont 117,9 milliards en France, chaque année. Ce montant ne prend pas en compte les profits des trafics illégaux, de la prostitution, du travail au noir et de la fraude fiscale. En UE, la fraude fiscale annuelle atteint 1.000 milliards d’euros. Si l’on ajoute encore le marché noir, en Europe, l’équivalent du PIB de la France échappe aux budgets des États-membres, année après année.

La fraude « sociale » existe, inutile de le nier : pour l’ensemble des prestations sociales françaises, 424,96 millions d’euros font l’objet de fraudes, principalement par erreur de l’administration, selon un rapport du Comité national de lutte contre la fraude daté de 2014. Restons en France. D’après un rapport de la Cour des comptes de la même année, la fraude aux cotisations sociales, opérée par les employeurs, atteint 20 milliards d’euros. Dans notre pays, selon le Solidaires-Finances Publiques, premier syndicat du ministère éponyme, l’évasion fiscale culmine à 80 milliards d’euros. S’y additionne, enfin, la fraude à la TVA, à 117,9 milliards.

Chaque année, la fraude patronale totalise 217,9 milliards d’euros, soit plus de 277 fois l’intégralité de la fraude sociale ! Et pour enfoncer le clou, le taux de non-recours au RSA uniquement est de 36% selon la Caisse nationale des allocations familiales elle-même, soit 4 milliards d’euros qui ne vont pas aux familles bénéficiaires alors qu’ils leur sont dus ; quasiment 10 fois plus que l’ensemble de la fraude sociale.

Emmanuel Macron et son gouvernement, premiers pourvoyeurs de fake-news, ont tout intérêt à concentrer la lutte contre la fraude à l’encontre des bénéficiaires des aides sociales, et c’est précisément ce qu’ils font. C’est ainsi que dans les Caisses d’allocations familiales (CAF) ou à Pôle Emploi, les seuls effectifs réellement en hausse sont ceux des contrôleurs, chargés de traquer les prestations indues. L’intérêt est moins financier, puisque ce sont des miettes au regard du budget de l’État qui sont récupérées, que médiatique : focaliser l’attention sur la fraude sociale apparaît comme un vecteur efficace de divisions des travailleurs selon leurs situations, les empêchant dans les faits de s’unir contre le chômage de masse, pour leurs services publics, pour l’augmentation des salaires, au final contre la classe capitaliste qui vampirise l’économie française.

Si l’on ajoute les budgets totaux de l’Éducation Nationale, de la Défense, de l’Intérieur, de la Justice, du Travail, de la Santé et des Solidarités, de l’Enseignement supérieur, la Recherche et l’Innovation, de l’Agriculture et l’Alimentation, de l’Europe et les Affaires étrangères, de la Transition écologique et solidaire, de l’Outre-mer, de la Culture et des Sports, en 2019, on arrive à 198,46 milliards d’euros, soit encore loin du compte de la fraude patronale annuelle. Nous sommes face à un scandale absolu.

La classe capitaliste pille la France par une arnaque généralisée, avec la complicité active de Macron et ses ministres qui n’ont jamais entamé le début de l’ombre du commencement d’une vraie lutte contre la fraude à la TVA, aux cotisations sociales et l’évasion fiscale. Au contraire, les effectifs dédiés à la délinquance, ou plutôt la criminalité, en col blanc, ne font que baisser. Des criminels, voilà ce qu’ils sont, tant ils se gavent de richesses dans la plus intégrale absurdité, en dévalisant une société, notre société, forcée de tolérer une misère grandissante et un appauvrissement de l’ensemble des travailleurs.

Propagez ces chiffres, parce qu’ils révèlent une vérité implacable : l’argent existe ! Si la classe capitaliste s’acquittait de ses devoirs, nul besoin de repousser l’âge de départ à la retraite, ni de baisser les allocations et pensions, ni de fermer des écoles et des services hospitaliers, ni de vendre des trésors nationaux comme Aéroports de Paris ou la Française des Jeux. L’ensemble des services publics, des prestations sociales, de l’investissement si nécessaire à l’emploi, seraient largement financés et tout cela irait immédiatement dans l’économie réelle, bien loin de la fable libérale du « ruissellement » des cadeaux aux riches. Contre les mythes, toute vérité est bonne à dire.