[Vidéo] Mesures d’urgence Covid-19 : Coup de gueule du sénateur Fabien Gay

🔴 “Si demain il n’y a pas de salarié, la boîte ne tourne pas, parce que c’est les salariés qui produisent la richesse dans ce pays, mais oui ! Et ça vous embête bien !” 🔴

Coup de gueule du sénateur PCF de Seine-Saint-Denis Fabien Gay, intervenant dans notre documentaire Un Pognon de Dingue – Film, par rapport aux mesures économiques du gouvernement dans sa loi d’urgence sanitaire.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud tente de lui répondre mais ne convainc pas.

Covid-19 : Appel à témoignages

🔴 Covid-19 : Appel à témoignages 🔴

Personnels soignants, employés du commerce, agents de maintenance, routiers, fonctionnaires… Vous êtes mobilisés au travail pendant la période de confinement ?

🔥 A vous la parole ! 🔥

👉 Témoignez en vidéo :

➡️ De vos conditions de travail, de la situation dans l’entreprise, des risques potentiels que vous prenez pour vous et vos proches ;

➡️ De vos relations avec votre employeur / hiérarchie, des compromis et des points de tension ;

➡️ De votre avis sur les mesures d’urgence prises par le gouvernement et leur impact attendu sur votre métier.

🎥 Envoyez-nous par message privé à notre page Un Pognon de Dingue – Film votre témoignage. Nous publierons une compilation chaque semaine sous forme de bilan hebdomadaire de la situation au travail en France.

Les criminels au pouvoir

Par Benoit Delrue, co-réalisateur d’Un Pognon de Dingue

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« Nous sommes en guerre ». Le Président Macron a répété solennellement ces mots, lundi soir. Oui, il y a une guerre contre le coronavirus, durant laquelle les travailleurs médicaux, docteurs, infirmiers, aides-soignants se trouvent en première ligne, au péril de leurs vies.

Mais dans cette guerre, de quel côté se trouve le Président des Riches ? M. Macron a beau jeu aujourd’hui de chanter les louanges de ces « services en-dehors des lois du marché », lui qui n’a jamais cessé de démanteler la protection sociale des Français pour la livrer aux appétits féroces de la classe capitaliste.

L’hôpital public, déjà au bord de la rupture, se prend de plein fouet la crise sanitaire du coronavirus. Les sous-dotations, le sous-équipement, le sous-effectif, les fermetures de lits par milliers ces dernières années ont ouvert une plaie béante sur laquelle les maigres plans de Mme Buzyn et M. Véran agissent comme un pansement superflu.

Aux soignants qui l’interpellaient, M. Macron trouvait juste de rétorquer qu’il n’existe « pas d’argent magique ». Maintenant que l’épidémie de Covid-19 déferle sur notre territoire, provoquant le krach boursier le plus grave de l’histoire du CAC 40 et des mesures de confinement jamais prises jusqu’alors, le Président vient de trouver 300 milliards d’euros.

Trois cents milliards d’euros pour l’hôpital public ? Non : pour combler le manque à gagner des multinationales ! Quand le Président des Riches sort le carnet de chèque, il ne faut pas s’attendre à une bonne surprise. Il paye avec l’impôt des travailleurs les pertes de la bourgeoisie, comme l’avait fait M. Sarkozy lors de la crise bancaire en 2008.

Vendredi 20 mars, nous avons un avant-goût des mesures drastiques du gouvernement En Marche pour « relancer » ou « maintenir » l’économie : ceux qui n’ont que leur force de travail pour subsister seront à nouveau les sacrifiés. Allongement du temps de travail, renoncement aux congés payés figurent au programme.

Pour un confinement de quinze jours, la loi d’urgence prévoit d’obliger les salariés à poser une de leurs cinq semaines de congés payés. Du tout-cuit pour le grand patronat. Quand le confinement sera inévitablement reconduit pour atteindre 45 jours, à combien de semaines de congés payés nous obligeront-ils à renoncer ?

M. Macron pousse l’hypocrisie à son paroxysme en sermonnant les Français pour qu’ils restent chez eux, unique moyen de sauver des vies, tout en envoyant ses ministres Le Maire et Pénicaud exiger des salariés qu’ils se rendent au travail. Ils ont même mis, le 20 mars, une prime de 1.000 euros sur la table pour le travailleur prêt à prendre le risque d’être contaminé et de contaminer ses proches. Cela porte un nom : criminel.

Les criminels sont au pouvoir. Ils ont désossé l’hôpital public et la Sécurité sociale qui l’organise, ils ont coupé la protection sociale des démunis, de l’APL à la réforme de l’Assurance-chômage en passant par celle de l’AME, ils ont poussé jusqu’au bout la logique de la rentabilité capitaliste et les voilà aujourd’hui réclamer, exiger de la grande majorité qu’ils ont appauvrie, de se serrer la ceinture d’un cran supplémentaire, d’aller au turbin quitte à choper cette saloperie qu’on ne sait pas soigner.

Derrière les beaux discours sur l’union sacrée, M. Macron demeure le porte-parole de la grande bourgeoisie et d’elle seule.

Monique Pinçon-Charlot, spécialiste de cette infime mais toute-puissante classe sociale, intervenante dans notre documentaire, nous avait confié début février sa crainte de voir la grande bourgeoisie pousser les travailleurs à la mort, se débarrassant ainsi d’une population devenue inutile du fait de la robotisation et de l’intelligence artificielle, lors des catastrophes climatiques à venir. De la crise écologique à la crise sanitaire, il n’y a qu’un pas.

L’humanité est en guerre contre le coronavirus. Il n’est pas certain que monsieur Macron et les siens appartiennent au camp de l’humanité.

« Les connards qui nous gouvernent »

Texte de Frédéric Lordon sur son blog du Monde Diplomatique

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« Les connards qui nous gouvernent »

Bien sûr ça n’est pas moi qui le dis — ça non. C’est Claude Askolovitch. Plus exactement, Claude Askolovitch rapporte les propos d’un « ami pneumologue ». En même temps, on sent qu’il les endosse un peu. Ça n’est pas exactement lui qui le dit mais un peu comme si quand même. En tout cas, tous les papiers de la respectabilité sont dûment tamponnés : un journaliste de France Inter et d’Arte, on pourra difficilement plus en règle. Et donc tout d’un coup, sans crier gare, le voilà qui parle, ou laisse parler, de nos gouvernants comme de « connards ».

On se demande ce qui l’a piqué — en même temps il faut admettre : quand une vidéo appelée à demeurer dans la mémoire collective montre Agnès Buzyn, ci-devant ministre de la santé, déclarer fin janvier qu’évidemment le virus restera à Wuhan et qu’il n’y a aucune chance que nous en voyions jamais la couleur ; quand, jusqu’au 12 mars après-midi, le ministre Blanquer assène qu’il n’y a aucune raison de fermer les écoles (moi aussi, comme Claude Askolovitch, j’ai un ami : dans la classe de sa fille, sept cas positifs, mais pourquoi embêter les parents avec d’inutiles soucis de garde ?), et que le soir même la fermeture générale est annoncée ; quand, dans un tweet à ranger sur la même étagère que la vidéo de Buzyn, Macron, comme un hipster du 11e arrondissement qui aurait fait l’atelier poésie au collège, nous invite — le 11 mars –- : « Nous ne renoncerons à rien, surtout pas à rire, à chanter, à penser, à aimer, surtout pas aux terrasses, aux salles de concert, au fêtes de soir d’été, surtout pas à la liberté », pour le 12 fermer les écoles, le 14 laisser son premier ministre annoncer un début de confinement général, et le 16 morigéner la population qui continuait sur la lancée de l’exemple qu’il lui donnait depuis des semaines ; quand on se remet sous les yeux le tableau d’ensemble de ces ahurissements, on se dit en effet que tous ces gens se sont fait prendre soit par surprise, soit par connerie. Et que l’hypothèse de la surprise étant à l’évidence exclue, il ne reste que celle de la connerie — qui n’est pas une surprise.

Mais l’établissement des archives ne serait pas complet si l’on n’y ajoutait cette séquence, éloquente et synthétique entre toutes, de l’intervention de Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP au journal de France 2 samedi soir : « Je supplie l’ensemble des Français d’appliquer les mesures annoncées ». Martin Hirsch, passé sans transition de la démolition à la supplication.

On s’est beaucoup moqué des soviétiques, de Tchernobyl et du socialisme réel, mais vraiment, le capitalisme néolibéral devrait prendre garde à ne pas faire le malin

La Supplication, c’est le titre d’un livre de Svetlana Alexievitch. Sur la catastrophe de Tchernobyl. Et c’est vrai qu’il y a du Tchernobyl dans l’air. Il va y avoir des « nettoyeurs ». C’est le nom qu’on donnait aux sacrifiés, ceux qu’on envoyait muni d’un linge sur la bouche et d’une paire de bottes, pelleter les gravats vitrifiés de radioactivité. Une aide-soignante sur Twitter publie le patron qui circule pour fabriquer « soi-même à la maison » des masques avec du tissu. On s’est beaucoup moqué des soviétiques, de Tchernobyl et du socialisme réel, mais vraiment, le capitalisme néolibéral, qui a déjà oublié son Three Miles Island et son Fukushima, devrait prendre garde à ne pas faire le malin. À l’hôpital en France en 2020, il y a pénurie de gel et de masques pour le personnel soignant — alors que des fractions considérables de la population devraient y avoir accès. Et l’on n’a sans doute encore rien vu : que se passera-t-il d’ici quelques semaines quand les hospitaliers laissés démunis, contaminés, vont commencer à tomber comme des mouches, et toute la structure du soin menacer de s’effondrer sur elle-même, les soignants devenant à-soigner — mais par qui ? Mais zéro-stock, zéro-bed : c’était la consigne efficace des lean-managers — les zéro-managers. À qui ne reste plus que la supplication.

Il y a les zéro-managers et, donc, il y a les epsilon-journalistes : ceux qui commencent à crier aux « connards » quand la catastrophe est là. C’est-à-dire un peu tard. D’autres gens criaient aux « connards », depuis longtemps même, mais, Dieu toute cette radicalité ! Toute cette violence ! La démocratie c’est le débat apaisé et loin des extrêmes (qui se touchent). À France Inter, sur Arte, au Monde et à Libération, la raison est le nom de la mission : la violence, c’est pour la populace bornée en ses passions jaunasses, ou les fous furieux de « l’ultra-gauche ». Et puis tout d’un coup, un jour : « connards ».

Le problème avec les grandes catastrophes — financières, nucléaires, sanitaires — c’est qu’il vaut mieux les avoir vues venir de loin. C’est-à-dire avoir pris le risque de gueuler « connards » quand tout allait bien, ou plutôt quand tout semblait aller bien — alors que le désastre grossissait dans l’ombre. L’armement, et le réarmement permanent de la finance, donc des crises financières, y compris après celle de 2007 : connards. La destruction de l’école, de l’université et de la recherche (notamment sur les coronavirus, quelle ironie) : connards. La démolition de l’hôpital public : ah oui, là, sacrés connards. Le surgissement des flacons de gel désinfectant dans les bureaux de vote quand même les personnels soignants en manquent : hors catégorie.

On peut jouer « l’immunité de groupe » avec la grippe saisonnière, par exemple, mais pas avec la peste. Où est le coronavirus entre les deux ?

Enfin « hors catégorie », c’est vite dit. Car, sur le front des connards aussi, la concurrence non faussée est féroce. Le Royaume-Uni, qui a les mêmes à la maison, est en train de découvrir la légère boulette de sa première stratégie basée sur la construction d’une « immunité de groupe » — soit, dans la perspective d’une épidémie récurrente, laisser délibérément infecter 50 à 60 % de la population pour y distribuer largement la formation d’anticorps, en vue de « la fois d’après ». Or, on peut jouer « l’immunité de groupe » avec la grippe saisonnière, par exemple, mais pas avec la peste. Où est le coronavirus entre les deux ? Un peu trop au milieu semble-t-il. Suffisamment en tout cas pour que jouer la « propagation régulée », au lieu du containment rigoureux, finisse par se solder en centaines de milliers de morts — 250 000 dans le cas britannique selon les estimations d’un rapport de l’Imperial College. Ici la philosophie conséquentialiste a la main lourde, et l’esprit de sacrifice généreux — mais pour les autres, comme toujours.

Or l’organe complotiste de la gauche radicale, Le Figaro, nous apprend qu’il y a bien des raisons de penser que la première réponse du gouvernement français a été fortement imprégnée, sans le dire évidemment, de la stratégie sacrificielle de « l’immunité de groupe » — « certes, il y aura bien quelques morts, mais enfin c’est pour le salut futur de la collectivité ». Vient le moment où, à Paris et à Londres, on s’aperçoit que « quelques morts », ça va plutôt faire une montagne de morts. De là le passage un peu brutal de la poésie collégienne au confinement armé. De là également la légitime question de savoir à combien ça nous met sur l’échelle Richter ouverte de la connerie gouvernante.

On comprend, dans de telles conditions de fragilité morale, que le gouvernement ait besoin d’en appeler à la « guerre » et à « l’union nationale ». C’est qu’autoriser le moindre départ de contestation menace de tourner en incendie général. Au vrai, la solidarité dont Macron fait ses trémolos zézayants, et qui est en effet très impérieuse, n’entraîne nullement d’être solidaire avec lui — juste : entre nous. Dans ces conditions, rien n’est ôté du devoir de regarder et de la liberté de dire : « connards », s’il s’avère.

Mais le monde social est comme un grand système d’autorisations différentielles. Les droits à dire, et surtout à être entendu, sont inégalement distribués. Ce qui est dit compte peu, et qui le dit beaucoup. Par exemple, avertir aux « connards » tant que France Inter dit que tout va bien est irrecevable. Il faut que France Inter passe en mode « connards » pour que « connards » puisse être dit — et reçu. On a bien compris qu’ici France Inter était une métonymie. La métonymie du monopole epsilon-journaliste. Qu’on ne dessille que le nez sur l’obstacle. Mais alors hilarité garantie : en cette matinée de premier tour des municipales, CNews nous montre Philippe Poutou votant à Bordeaux où il est candidat, et l’on manque de tomber à la renverse en entendant la voix de commentaire rappeler que « Philippe Poutou représente un parti dont le slogan a été longtemps “Nos vies valent plus que leurs profits”, et je trouve que ce que nous vivons en ce moment est la mise en œuvre de ce principe ». Voilà, voilà. Ils étaient si drôles ces trostkystes avec leurs slogans, eh bien, justement, venus du fond de l’URSS de Tchernobyl (ânerie historiographique de première, mais c’est comme ça que ça se range dans une tête de journaliste). Ils étaient si drôles. Et puis voilà qu’ils ont raison. On dit les trotskystes, mais là aussi c’est une métonymie — symétrique du monopole d’en-face.

En-face, précisément, à part cette drôlerie, rien ou presque. Claude Askolovitch n’est pas France Inter — il le sera quand, ès qualités et en son nom propre, il dira « connards » au micro, même de la part d’un « ami », plutôt que sur son compte personnel de Twitter. À Libé, on était il y a peu encore secoué de sarcasmes à l’idée qu’on pouvait faire argument du krach boursier contre la réforme des retraites — ces Insoumis…. Au Monde, toute mise en cause d’ensemble du néolibéralisme dans la situation présente vaut éructations excitées au « Grand soir ».

Mais le propre des grandes crises, comme situations à évolutions fulgurantes, c’est que les opinions aussi connaissent des évolutions fulgurantes. Par exemple, à quelques jours de distance, on reprendrait volontiers le sentiment de Lilan Alemagna que la connexion krach/réforme des retraites faisait tant rire. Ou celui d’Abel Mestre maintenant qu’il a pris connaissance des articles de son propre journal sur les projections de mortalité et la situation progressivement révélée de l’hôpital, manière de voir comment il apprécie le degré de changement qu’il faut faire connaître à l’ordre social présent. L’ordre social qui donne du « héros » en verroterie symbolique aux personnels hospitaliers, mais leur fait envoyer des mails leur expliquant qu’une infection au coronavirus ne sera pas reconnue comme maladie professionnelle (des fois qu’entre deux gardes ils aillent se déchirer en discothèque) ; celui qui par la bouche de Martin Hirsch — encore — traite de « scrogneugneu » les médecins et infirmières qui ont dénoncé l’agonie matérielle de l’hôpital (présidée par lui), et ceci au moment même où il demande aux personnels retraités de venir reprendre le collier aux urgences, c’est-à-dire de rejoindre leurs collègues tous déjà positifs, Tchernobyl-style ; celui qui célèbre l’éthique du service public il-y-a-des-choses-qu’on-ne-peut-pas-confier-à-la-loi-du-marché, mais maintient le jour de carence pour ses agents malades ; celui qui sort les vieux à toute force dans l’espoir de sécuriser les majorités municipales du bloc bourgeois (©) ; celui qui produit des personnages aussi reluisants que, mais ça alors ! de nouveau Martin Hirsch — décidément à lui seul la synthèse ambulante du régime —, expliquant sur France Inter à des interviewers pourtant pas feignants de l’encensoir mais cette fois un peu estomaqués, qu’il y a des réanimations qui, que, comment dire… durent très longtemps, des deux trois semaines, alors que eh bien à la fin ça se termine plutôt mal, et du coup elles n’ont pas servi à grand-chose (les réanimations), en fait à rien, qu’on pourrait peut-être songer à débrancher un peu plus tôt, vu qu’il s’agirait de libérer le lit rapidement, rapport à zero-bed. Et maintenant, verbatim : « Lorsque les réanimateurs jugeront que la réanimation n’a pour effet que de prolonger que de huit jours, ils feront le rationnel (sic) de ne pas se lancer dans une réanimation dont la conclusion est déjà connue ». Mais le verbatim, c’est encore trop peu, il manque le bafouillement caractéristique de celui qui dit une monstruosité, un truc obscène, imprésentable, en sachant qu’il dit une monstruosité, un truc obscène, imprésentable. Parce que juger « d’une réanimation dont la conclusion est déjà connue », c’est, comme qui dirait, et d’ailleurs comme dit Ali Baddou, une « responsabilité terrible ». À quoi Hirsch répond, du tac au tac, que « la responsabilité terrible, c’est effectivement d’en faire le plus possible, d’être hyper-organisés, de convaincre les autres qu’il faut se mobiliser à fond » — au cœur de la question qui venait de lui être posée donc. Car on n’avait pas bien compris de quoi la responsabilité terrible est la responsabilité terrible : c’est de se serrer les coudes et d’être « mobilisés à fond » ! Disons, les choses : contre tout ça, la proposition de tout renverser et de tout refaire qui, sous le nom-épouvantail de « Grand soir » effraye tant Abel Mestre, est finalement des plus modérées, en fait minimale.

On planquera d’autant moins les morts que les médecins disent depuis des mois l’effondrement du système hospitalier, et que la population les a entendus

Mais le propre de tous les propagandistes de l’ordre présent, c’est que le sens du dégoûtant ne leur vient que tardivement — s’il leur vient. On ne sait jamais vraiment jusqu’où les dominants doivent aller pour leur arracher un début de revirement, un commencement d’interrogation globale. Mais peu importe : les « interrogations globales », d’autres qu’eux se les posent, plus nombreux et, le temps passant, de moins en moins calmes. Jusqu’ici, les morts du capitalisme néolibéral, entre amiante, scandales pharmaceutiques, accidents du travail, suicides France Télécom, etc., étaient trop disséminés pour que la conscience commune les récapitule sous un système causal d’ensemble. Mais ceux qui arrivent par wagons, on ne les planquera pas comme la merde au chat. On les planquera d’autant moins que les médecins disent depuis des mois l’effondrement du système hospitalier, et que la population les a entendus. De même qu’elle commence à comprendre de qui cet effondrement est « la responsabilité terrible ». L’heure de la reddition des comptes politiques se profile, et elle aussi risque d’être « terrible ».

En réalité, une pandémie du format de celle d’aujourd’hui est le test fatal pour toute la logique du néolibéralisme. Elle met à l’arrêt ce que ce capitalisme demande de garder constamment en mouvement frénétique. Elle rappelle surtout cette évidence qu’une société étant une entité collective, elle ne fonctionne pas sans des constructions collectives — on appelle ça usuellement des services publics. La mise à mort du service public, entreprise poursuivie avec acharnement par tous les libéraux qui se sont continûment succédés au pouvoir depuis trente ans, mais portée à des degrés inouïs par la clique Macron-Buzyn-Blanquer-Pénicaud et tous leurs misérables managers, n’est pas qu’une mise à mort institutionnelle quand il s’agit du service public de la santé — où les mots retrouvent leur sens propre avec la dernière brutalité. En décembre 2019, une banderole d’hospitaliers manifestants disait : « L’État compte les sous, on va compter les morts ». Nous y sommes.

Pour l’heure on dit « connards », mais il ne faut pas s’y tromper : c’est peut-être encore une indulgence. Qui sait si bientôt on ne dira pas autre chose.
En fait, tout ce pouvoir, s’il lui était resté deux sous de dignité, aurait dû endosser le désastre déjà annoncé en face du public, reconnaître n’avoir rien compris ni à ce que c’est que vivre en collectivité ni à ce que l’époque appelle. Dans ces conditions, il aurait dû se rétrograder au rang de serviteur intérimaire, de fait en charge de la situation, pour annoncer qu’il se démettrait sitôt la crise passée. Tout le monde a compris que ça n’est pas exactement ce chemin que « ceux qui nous gouvernent » ont l’intention d’emprunter. Disons-leur quand même que, sur ce chemin, ils seront attendus au tournant.

– Frédéric Lordon, 19 mars 2020

Coronavirus : le Medef contre-attaque

🔴 Karl Ghazi, intervenant dans notre documentaire, révèle que même dans la crise que nous traversons, l’intérêt capitaliste s’oppose à l’intérêt général 🔴

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“Coronavirus : le Medef contre-attaque

Emmanuel Macron et tous les libéraux qui l’entourent chantent, depuis quelques jours, les louanges du service public de la santé, ce service public qu’ils n’ont eu de cesse de détruire depuis 30 ans.

Cette unanimité touchante et marquée du zèle du converti est accompagnée d’autres déclarations pour le moins inattendues : report d’une partie de la réforme de l’assurance chômage, de la réforme des retraites et, l’annonce hardie de la décision d’interdire les licenciements pendant la durée de l’épidémie, telle que rapportée par « Les Echos ».

« Le chef du gouvernement reçoit ce mercredi à 18 heures les partenaires sociaux sur « les réponses économiques et sociales » à la crise du coronavirus. Lundi, lors d’une conférence téléphonique avec les organisations patronales et syndicales, la ministre du Travail a demandé qu’on l’alerte si une entreprise engage des licenciements. « Pendant la période actuelle, c’est zéro licenciement », a-t-elle affirmé.

« La ministre a été extrêmement ferme », rapporte ce participant à la réunion téléphonique à laquelle le Medef n’aurait pu participer faute d’avoir réussi à se connecter. Muriel Pénicaud serait allée « très loin », ajoute-t-il. « Elle nous a sollicités pour faire remonter les informations localement aux Direccte [services extérieurs de l’Etat qui gèrent les plans sociaux] et, pour les plus grandes entreprises, directement à son cabinet » en cas de projet de licenciement. Cette interdiction de fait démarre au jour où a été décidée la fermeture des commerces , soit dimanche, selon la même source qui précise qu’« aucun plan de licenciement ne sera accepté dans la période ».

Le Medef n’a pas pu se connecter à la réunion, mais il s’est rattrapé depuis et son lobbying a payé :

«Interdire de licencier, je ne crois pas que nous en arrivions là». Le premier ministre Edouard Philippe a mis fin aux rumeurs ce mardi, sur France 2. «L’interdiction administrative des licenciements, comme elle a pu exister, elle n’est jamais, je crois, une solution totalement satisfaisante», a-t-il déclaré.

De son côté, Bruno Le Maire a beaucoup étonné en invitant les salariés de certaines entreprises encore ouvertes à… se rendre sur leur lieu de travail.

Ne cherchez pas la cohérence avec le discours martial d’Emmanuel Macron, avec la nécessité de confinement, avec les leçons de morale faites aux français : il n’y en a pas.

Plus inaperçu, l’arrêté du 15 mars signé du ministre de la santé (!) modifiant celui du… 14 mars. Le premier limitait strictement la liste des magasins ayant le droit d’ouvrir à ceux qui vendent des denrées alimentaires, ce qui semblait logique et cohérent.

Le second établit la liste des magasins… autorisés à ouvrir. La voici, jugez-en par vous-mêmes :

II. – Les établissements relevant de la catégorie M peuvent toutefois continuer à recevoir du public pour les activités figurant en annexe du présent arrêté.

Entretien et réparation de véhicules automobiles, de véhicules, engins et matériels agricoles
Commerce d’équipements automobiles
Commerce et réparation de motocycles et cycles
Fourniture nécessaire aux exploitations agricoles
Commerce de détail de produits surgelés
Commerce d’alimentation générale
Supérettes
Supermarchés
Magasins multi-commerces
Hypermarchés
Commerce de détail de fruits et légumes en magasin spécialisé
Commerce de détail de viandes et de produits à base de viande en magasin spécialisé
Commerce de détail de poissons, crustacés et mollusques en magasin spécialisé
Commerce de détail de pain, pâtisserie et confiserie en magasin spécialisé
Commerce de détail de boissons en magasin spécialisé
Autres commerces de détail alimentaires en magasin spécialisé
Les distributions alimentaires assurées par des associations caritatives
Commerce de détail de carburants en magasin spécialisé
Commerce de détail d’équipements de l’information et de la communication en magasin spécialisé
Commerce de détail d’ordinateurs, d’unités périphériques et de logiciels en magasin spécialisé
Commerce de détail de matériels de télécommunication en magasin spécialisé
Commerce de détail de matériaux de construction, quincaillerie, peintures et verres en magasin spécialisé
Commerce de détail de journaux et papeterie en magasin spécialisé
Commerce de détail de produits pharmaceutiques en magasin spécialisé
Commerce de détail d’articles médicaux et orthopédiques en magasin spécialisé
Commerce de détail d’aliments et fournitures pour les animaux de compagnie
Commerce de détail alimentaire sur éventaires et marchés
Vente par automates et autres commerces de détail hors magasin, éventaires ou marchés n. c. a.
Hôtels et hébergement similaire
Hébergement touristique et autre hébergement de courte durée lorsqu’il constitue pour les personnes qui y vivent un domicile régulier
Terrains de camping et parcs pour caravanes ou véhicules de loisirs lorsqu’ils constituent pour les personnes qui y vivent un domicile régulier
Location et location-bail d’autres machines, équipements et biens
Location et location-bail de machines et équipements agricoles
Location et location-bail de machines et équipements pour la construction
Activités des agences de placement de main-d’œuvre
Activités des agences de travail temporaire
Réparation d’ordinateurs et de biens personnels et domestiques
Réparation d’ordinateurs et d’équipements de communication
Réparation d’ordinateurs et d’équipements périphériques
Réparation d’équipements de communication
Blanchisserie-teinturerie
Blanchisserie-teinturerie de gros
Blanchisserie-teinturerie de détail
Services funéraires
Activités financières et d’assurance

Ne cherchez pas la cohérence avec le discours martial d’Emmanuel Macron : il n’y en a pas.

La seule cohérence d’Emmanuel Macron, c’est que même en état de « guerre », le vrai général, ça reste quand même le Medef.”

– Karl Ghazi, 18 mars 2020

Message de Fabien Gay au premier jour du confinement

🔴 Fabien Gay, sénateur de Seine-Saint-Denis et intervenant dans notre documentaire, a un message pour toutes celles et tous ceux confrontés au confinement ⬇️

“Depuis 12 heures aujourd’hui, nous sommes toutes et tous confinés chez nous.

Il est nécessaire et indispensable de respecter cette consigne pour ne pas propager le virus. Si nous devons sortir, pour faire nos courses, se rendre chez le docteur ou pour le travail, respectons les consignes sanitaires. Prenons soin de nos proches et prenons régulièrement des nouvelles de nos familles et amis, surtout des plus fragiles, par téléphone et mail.

Un grand merci aux agents de la fonction publique, hospitaliers, policiers, pompiers, agents communaux, gaziers et électriciens, cheminots et traminots, mais aussi aux salariés du privé en particulier les caissières et caissiers, et celles et ceux qui travaillent dans les commerces alimentaires, qui sont mobilisés avec le sens de l’intérêt général, pendant cette crise. Je pense aussi à celles et ceux comme les personnels des crèches, éducateurs et professeurs mobilisés pour s’occuper des enfants des personnels, souvent des services publics, mobilisés durant cette crise.

Nos services publics sont nos biens communs. Il faut donc les défendre, les promouvoir et leur donner les moyens de fonctionner efficacement aujourd’hui pendant cette crise et demain, lorsque la crise sanitaire sera terminée.

Faisons preuve de solidarité, de fraternité et d’unité.

Amitiés”

  • Fabien Gay, 17 mars 2020

Pandémie

Alors que des nouvelles dignes du bandeau d’informations du jeu Plague, Inc passent en boucle dans les médias, nul n’ignore la progression des cas de coronavirus sous sa forme Covid-19. L’épidémie se transforme à la fois en aubaine pour le gouvernement, qui entend interdire les rassemblements de son choix – y compris les manifestations populaires contre sa politique, décision prise par la préfecture du Morbihan ces dernières heures – et tout autant en puissant révélateur de la crise engendrée par les politiques bourgeoises des dernières décennies, franchissant un nouveau seuil avec M. Macron.

Aux quatre coins de la planète, sous leurs avatars libéraux ou nationalistes, les gouvernements ultra-capitalistes ont démantelé les protections sociales. Lesquelles sécurisaient les travailleurs, la grande classe de ceux qui n’ont que la vente de leur force de travail pour subsister, contre les risques, notamment pour leur santé. En France, trois éléments de l’action de l’actuel exécutif, trois attaques contre la Sécurité sociale, les services publics et les droits du travail, aggravent lourdement l’impréparation face à l’épidémie de coronavirus, qui a pour l’instant provoqué moins de décès dans le monde que la grippe saisonnière dans l’hexagone cet hiver mais qui pourrait venir à s’intensifier.

Tout d’abord les hôpitaux publics connaissent une grave crise de sous-financement, sous-effectif et sous-équipement. La pénurie de moyens combinée à une gestion importée du secteur lucratif créent les conditions d’une piètre capacité à faire face aux besoins en soins, en lits et en matériel pour prévenir ou contenir la contagion d’un virus potentiellement mortel chez les populations fragiles, les personnes très âgées ou présentant d’autres pathologies. Il faudrait plusieurs milliards d’euros pour sauver l’hôpital public, affecté dans ses dotations budgétaires par les milliards d’euros d’exonérations de cotisations offertes sur un plateau doré par les gouvernements successifs au grand patronat depuis trente ans. Face à la grève historique des urgentistes puis de l’ensemble des personnels hospitaliers, contraints d’assurer les soins malgré tout, l’État reste parfaitement sourd.

Un autre aspect de la politique mortifère de ce gouvernement, dans la droite ligne des précédents, concerne les droits du travail. La suppression des Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) au profit d’un Comité social et économique beaucoup moins en pointe sur la prévention et la protection des salariés, participe largement à la dégradation des capacités à préserver les travailleurs des risques qu’ils encourent, dans les usines, sur les chantiers, mais également dans les commerces, les open-spaces ou les centres de logistiques, lorsqu’ils sont peu ou pas équipés.

Enfin, les populations les plus fragiles, c’est-à-dire les plus démunis n’ayant pas les moyens de se payer une mutuelle et de plus en plus nombreux à renoncer à se soigner pour raisons financières, sont attaqués comme jamais par M. Macron, ses ministres et sa majorité parlementaire. La décision d’amputer de cinq euros par mois l’APL de toutes et tous frappe durement le porte-monnaie de ceux qui font leurs courses calculatrice en main dès le début du mois ; et une nouvelle baisse est programmée le 5 mai. Pire encore, la réforme de l’Assurance chômage, prise en catimini l’été dernier par ordonnances de l’exécutif, sans aucun débat parlementaire ni concertation avec les organisations syndicales, a causé un effondrement du montant de l’allocation de retour à l’emploi (ARE) pour une quantité considérable de privés d’emploi. Quant à l’Aide médicale d’État (AME), destinée aux plus précaires, elle vient d’être « rabotée » – c’est le terme consacré par les médias – de quinze millions d’euros pour l’année 2020 : un sens de la synchronisation qui force le respect.

Tout pour les riches et rien pour « les gens qui ne sont rien », selon le bon mot du Président Macron, voilà qui pourrait résumer la politique à l’œuvre depuis bientôt trois ans par ce « nouveau monde » ainsi que cette « société civile » bourgeoise. Et cela risque d’être dramatique en cas de crise sanitaire de grande ampleur. Car si le coronavirus ne vérifie pas l’épaisseur du portefeuille avant de contaminer une personne, pas plus qu’il ne demande si les papiers sont en règle, il est évident que les plus pauvres, abîmés par une vie d’exploitation, de pollution et de consommation de basse qualité, sont d’ores et déjà les plus nombreux à succomber aux complications d’une maladie respiratoire. Les plus riches se préservent, bien au chaud, dans leurs domaines et hôtels particuliers, leur personnel effectuant les basses besognes. Pendant que le coronavirus tourne en boucle à la télévision et sur les réseaux sociaux, le prix des masques filtrants vendus au plus offrant bat des records, heure après heure.