Objectif

On entend souvent que le travail médiatique se doit d’être « impartial », « neutre » ou « objectif ». Ce principe est un leurre, non seulement parce qu’il n’est jamais vérifié, mais aussi parce qu’il ne peut être atteint. Tout le travail du journaliste consiste à choisir les titres, les images, les commentaires, l’auteur s’implique pour un résultat absolument subjectif.

Les faits, bien sûr, sont objectifs, mais la présentation des faits ne peut prétendre à cette qualité. Le traitement de l’information procède de la sélection, par les éditorialistes, des événements abordés ; puis des décisions du reporter, cadreur, rédacteur, intervieweur, dans la façon dont il accompli son travail comme dans le produit fini qu’il réalise. Il y a de l’humain dans l’info, et dans un secteur quadrillé par les médias de masse, les grandes écoles, la course à l’audience, et les promesses de fortune, il y a du zèle face aux puissants.

Comment juger la qualité du journalisme, puisqu’elle ne peut l’être sur la base de l’objectivité ? Sur un critère simple : l’honnêteté. Méfiez-vous d’emblée de celui qui se présentera à vous en clamant son neutralité, il nie – à lui-même peut-être, à vous certainement – son propre regard, son propre vécu. L’honnêteté, comme la fidélité aux valeurs du métier, conduisent à assumer son engagement, remettre en cause les préjugés, fouiller derrière les explications officielles pour sortir de l’anonymat ce qui compte vraiment.

Les médias ne font pas qu’informer. Ils soutiennent, condamnent, manipulent, derrière l’écran de fumée de l’unanimisme des salons feutrés des rédactions parisiennes. La virulence des Français sur les réseaux sociaux à leur égard prouve que la duperie a assez duré. Il existe, heureusement, un journalisme honnête. Avec notre documentaire, et les initiatives de la jeune association Infoscope, nous nous engageons dans cette voie.

Travail

Lancer publiquement notre projet de film-documentaire le 1er mai ne doit rien au hasard.

Pour Macron, cette date est une fête consensuelle à laquelle tous ceux qui « savent que par le travail nous construisons l’avenir » seraient invités à participer. Dans ses racines, qui coïncident avec celles du mouvement ouvrier, comme dans son actualité, il s’agit pourtant et surtout de la célébration du combat des classes populaires pour la dignité, l’égalité et la justice.

Journée de 8 heures, interdiction du travail des enfants, congés payés, médecine du travail – toutes ces conquêtes sociales n’ont été obtenues que par la lutte incessante des salariés, de ceux qui sont en bas de l’échelle. A l’heure du numérique et de l’intelligence artificielle, le travail se transforme mais demeure la seule activité humaine à produire de la valeur. Les formidables richesses de notre époque proviennent toutes, quand ce n’est de la nature elle-même, du travail passé ou présent, des efforts des employés qui usent leurs esprits et leurs corps… pour atteindre, au terme d’une vie de labeur, un patrimoine médian autour de 113.000 euros – moins que ce que M. Macron « consomme » chaque année « en vie courante ».

Du travail, c’est aussi ce que représentent notre enquête et le documentaire qui la retracera, sur la fortune disparue du chef de l’État. Des mois de recherches, de rencontres, de reconstitutions, de confrontations, de tournage et de montage qui aboutiront à une sortie publique de notre film au printemps 2020. Son ambition est de bousculer le milieu feutré des affaires pour mieux faire entendre le monde réel, où l’on n’exige qu’une chose : que le travail paye.