Vérité

Certains préjugés méritent d’être anéantis. Quand la presse et l’opinion publique évoquent généralement la fraude, la première image qui apparaît est le petit resquilleur au RSA, « profitant » de prestations sociales indues. Pourtant, ce sont avant tout les patrons qui organisent l’escroquerie massive en France et en Europe. La vérité, la voici.

Un article fleuve publié dans Ouest-France lundi 19 août fait état du récent rapport de l’économiste Richard Murphy, officiant à l’université de Londres, portant sur la fraude aux taxes (TVA et taxes douanières). Résultat : 900 milliards d’euros échappent aux caisses des États de l’Union européenne (UE) dont 117,9 milliards en France, chaque année. Ce montant ne prend pas en compte les profits des trafics illégaux, de la prostitution, du travail au noir et de la fraude fiscale. En UE, la fraude fiscale annuelle atteint 1.000 milliards d’euros. Si l’on ajoute encore le marché noir, en Europe, l’équivalent du PIB de la France échappe aux budgets des États-membres, année après année.

La fraude « sociale » existe, inutile de le nier : pour l’ensemble des prestations sociales françaises, 424,96 millions d’euros font l’objet de fraudes, principalement par erreur de l’administration, selon un rapport du Comité national de lutte contre la fraude daté de 2014. Restons en France. D’après un rapport de la Cour des comptes de la même année, la fraude aux cotisations sociales, opérée par les employeurs, atteint 20 milliards d’euros. Dans notre pays, selon le Solidaires-Finances Publiques, premier syndicat du ministère éponyme, l’évasion fiscale culmine à 80 milliards d’euros. S’y additionne, enfin, la fraude à la TVA, à 117,9 milliards.

Chaque année, la fraude patronale totalise 217,9 milliards d’euros, soit plus de 277 fois l’intégralité de la fraude sociale ! Et pour enfoncer le clou, le taux de non-recours au RSA uniquement est de 36% selon la Caisse nationale des allocations familiales elle-même, soit 4 milliards d’euros qui ne vont pas aux familles bénéficiaires alors qu’ils leur sont dus ; quasiment 10 fois plus que l’ensemble de la fraude sociale.

Emmanuel Macron et son gouvernement, premiers pourvoyeurs de fake-news, ont tout intérêt à concentrer la lutte contre la fraude à l’encontre des bénéficiaires des aides sociales, et c’est précisément ce qu’ils font. C’est ainsi que dans les Caisses d’allocations familiales (CAF) ou à Pôle Emploi, les seuls effectifs réellement en hausse sont ceux des contrôleurs, chargés de traquer les prestations indues. L’intérêt est moins financier, puisque ce sont des miettes au regard du budget de l’État qui sont récupérées, que médiatique : focaliser l’attention sur la fraude sociale apparaît comme un vecteur efficace de divisions des travailleurs selon leurs situations, les empêchant dans les faits de s’unir contre le chômage de masse, pour leurs services publics, pour l’augmentation des salaires, au final contre la classe capitaliste qui vampirise l’économie française.

Si l’on ajoute les budgets totaux de l’Éducation Nationale, de la Défense, de l’Intérieur, de la Justice, du Travail, de la Santé et des Solidarités, de l’Enseignement supérieur, la Recherche et l’Innovation, de l’Agriculture et l’Alimentation, de l’Europe et les Affaires étrangères, de la Transition écologique et solidaire, de l’Outre-mer, de la Culture et des Sports, en 2019, on arrive à 198,46 milliards d’euros, soit encore loin du compte de la fraude patronale annuelle. Nous sommes face à un scandale absolu.

La classe capitaliste pille la France par une arnaque généralisée, avec la complicité active de Macron et ses ministres qui n’ont jamais entamé le début de l’ombre du commencement d’une vraie lutte contre la fraude à la TVA, aux cotisations sociales et l’évasion fiscale. Au contraire, les effectifs dédiés à la délinquance, ou plutôt la criminalité, en col blanc, ne font que baisser. Des criminels, voilà ce qu’ils sont, tant ils se gavent de richesses dans la plus intégrale absurdité, en dévalisant une société, notre société, forcée de tolérer une misère grandissante et un appauvrissement de l’ensemble des travailleurs.

Propagez ces chiffres, parce qu’ils révèlent une vérité implacable : l’argent existe ! Si la classe capitaliste s’acquittait de ses devoirs, nul besoin de repousser l’âge de départ à la retraite, ni de baisser les allocations et pensions, ni de fermer des écoles et des services hospitaliers, ni de vendre des trésors nationaux comme Aéroports de Paris ou la Française des Jeux. L’ensemble des services publics, des prestations sociales, de l’investissement si nécessaire à l’emploi, seraient largement financés et tout cela irait immédiatement dans l’économie réelle, bien loin de la fable libérale du « ruissellement » des cadeaux aux riches. Contre les mythes, toute vérité est bonne à dire.

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