Excessif

Toute honte bue, le gouvernement français a condamné, dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères diffusé dimanche 4 août, « l’usage manifestement excessif de la force » par les autorités russes, qui ont procédé à 800 interpellations lors d’une manifestation non-autorisée, la veille à Moscou.

Faut-il rappeler au gouvernement français, mis en place il y a deux ans, son sinistre bilan en terme de maintien de l’ordre ? Depuis novembre 2018, les mobilisations des « gilets jaunes » ont été le théâtre d’une répression féroce, réalisée par les policiers et gendarmes sous les ordres des préfets, donc du ministre de l’Intérieur. Employant sans retenue les gaz lacrymogènes, les grenades de désencerclement et les lanceurs de balles de défense (LBD), les forces de l’ordre ont arraché cinq mains, crevé 21 yeux, blessé 2.500 personnes dont 115 journalistes.

En outre, des milliers d’arrestations – 1.723 le seul 8 décembre – ont eu lieu lors des manifestations, déclarées ou non, depuis le début du mouvement des « gilets jaunes ». En mars, plus de 800 condamnations à de la prison ferme avaient d’ores et déjà été prononcées, par des tribunaux sommés par le gouvernement de juger à toute vitesse, pour faire des exemples.

Faut-il rappeler au gouvernement français sa responsabilité dans la mort de Zineb Redouane, octogénaire touchée par une grenade lacrymogène le 1er décembre 2018, alors qu’elle était à son balcon et dont l’appartement marseillais a été « nettoyé » par les flics avant l’enquête judiciaire, ou dans celle de Steve Maïa Caniço, noyé dans la Loire suite à une charge policière, pour avoir commis le seul crime de profiter d’un concert le soir de la Fête de la musique ?

La doctrine du maintien de l’ordre, édictée par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, sous l’autorité immédiate du Premier ministre Edouard Philippe et du Président Emmanuel Macron, est la source de ces tragédies, décès ou blessures graves, dont la multiplication ne permet plus de les qualifier de simples « dérives » ou « bavures ». La violence des forces de l’ordre, que les jeunes des quartiers populaires subissent depuis des années, s’est accentuée et généralisée depuis l’arrivée de Macron à l’Élysée. Tout foyer de contestation se doit d’être étouffé manu militari dans une France où les inégalités économiques explosent.

Et c’est donc ce même gouvernement français qui se permet de donner une leçon de pacifisme aux autorités russes. Celles-ci ne sont pas des anges, et elles ont bien procédé à l’interpellation, samedi 3 août, de 800 sympathisants d’Alexéi Navalny, homme politique libéral proche des États-Unis et de l’extrême-droite présenté à tort, en France, comme « le principal opposant » à Poutine – la véritable principale force d’opposition au Kremlin, à toutes les élections, est le Parti communiste de la fédération de Russie. Mais si le gouvernement LREM avait une leçon à donner à la Russie vu la situation récente de notre pays, ce serait une leçon en brutalité, en violence, en agressivité et en déshonneur.

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