Archaïque

Elle n’est pas élue, demeure généralement dans l’ombre médiatique et pourtant elle règne sur le monde, l’Europe et la France bien davantage que les gouvernements. La classe capitaliste, que certains osent toujours, à raison, nommer grande bourgeoisie, se distingue avant tout par la propriété d’une quantité astronomique de moyens de financement et de production, le capital. Pour le gonfler toujours plus, car elle est insatiable, la haute bourgeoisie exploite sans limite les ressources naturelles et la force de travail d’autrui, de ceux qui s’usent le corps et l’esprit à la tâche. Cette grande majorité active, salariée ou privée d’emploi, employée avec ou sans contrat, on l’appelait – et nous l’appelons – classe ouvrière.

« Archaïque ! » répondent en chœur les libéraux et conservateurs, les politiciens, économistes, éditorialistes et autres prétendus « experts » et vrais laquais du pouvoir réel. La grande bourgeoisie n’existerait plus, clament-ils, et les sociologues Michel et Monique Pinçon-Charlot auraient réalisé leurs enquêtes sur des fantômes. La classe ouvrière appartient au passé, disent-ils encore, car la France est entrée dans l’économie tertiaire et, comme chacun le sait, l’hôtesse de caisse à Carrefour, l’équipier à McDonald’s, le magasinier d’Amazon, le téléconseiller, le livreur à vélo, appartiennent tous désormais à la formidable classe « moyenne ».

Nous admettons que l’analyse de classe n’est pas à la mode. Admettez en retour que la mode ne nous intéresse guère. Vingt-six milliardaires disposaient, l’année dernière, d’autant d’argent que la moitié de l’humanité. L’agriculture mondiale produit suffisamment pour nourrir douze milliards de personnes, mais 25.000 êtres humains meurent de faim chaque jour. En France, en 2018, la fortune personnelle d’un individu a dépassé le montant total de l’impôt sur le revenu. En France, en 2018, au moins cinq cent soixante-six hommes, femmes et enfants sont morts dans la rue, mais il existe trois fois plus de logements vides que de SDF. Tel est le vrai visage de notre société.

Ces libéraux et conservateurs, si enclins à distribuer bons et mauvais points, apparaissent pour des modérés. Ils sortent du moule des grandes écoles, épousent l’idéologie dominante, justifient l’ordre établi. Cependant, le système qu’ils défendent, le capitalisme, n’a rien de modéré. Il est tout au contraire radical et extrême, dans ses contradictions comme dans ses crimes. Ce n’est pas l’analyse de classe qui est archaïque, elle ne fait que mettre les mots justes – désuets, mais justes – sur la réalité économique, sociale et politique de notre époque. C’est le capitalisme qui est archaïque !

Emmanuel Macron est un pur produit du vieux monde. En claquant son fric à toute allure, il s’est approché du train de vie des ultra-riches, les a côtoyés, il a gagné leur confiance pour ensuite être vendu médiatiquement comme une pub vend un shampooing. Il leur renvoie l’ascenseur par une action politique servant exclusivement leurs intérêts. Il ne dit mot sur les licenciements par centaines du groupe Carrefour en France, à qui il maintient des centaines de millions d’euros d’aides publiques « pour l’emploi ». Inégalité et injustice, souffrance au travail, urgence écologique, Macron n’en a que faire. Lui et son monde seront bientôt dépassés.

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